Débat autour de la sécurité

 

Je suis arrivé hier soir à La Rochelle pour la traditionnelle Université d’Eté de La Rochelle. Un rendez-vous auquel je suis fidèle depuis près de 15 ans. Il marque en effet la fin des vacances, sonne la rentrée politique et permet de rencontrer en deux jours tous les amis, valdoisiens ou non, avec lesquels nous travaillons tout au long de l’année. Moment privilégié aussi pour faire le point sur l’actualité politique.

Le contexte, cette année, vous le connaissez : un été marqué tout à la fois par les miasmes de l’affaire Woerth-Bettencourt et par la dérive délirante du gouvernement contre les Roms notamment. Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux n’ont réussi qu’une chose pour l’heure : semer la zizanie à droite. Car il y a, fort heureusement, à droite des responsables humanistes qui défendent le coeur de notre pacte républicain. Dominique de Villepin a ainsi évoqué une « tâche de honte sur notre drapeau ». Jean Pierre Raffarin a dit son malaise. Quant à la hiérarchie catholique, pourtant peu encline à pencher à gauche, elle a été manifestement outrée et choquée comme le montre les réactions d’André Vingt-Trois, archevêque de Paris. J’entendais encore hier soir Valérie Pécresse sur RTL indiquait qu’elle était fière de vivre dans la Patrie des Droits de l’Homme… Une pirouette pitoyable au moment où toute la presse étrangère dénonce unanimement l’image que donne la France à l’extérieur.

Mais il y a sur ces questions de sécurité comme toujours le forme et le fond. Tout est parti cet été du fameux « discours de Grenoble » prononcé par le Président de la République en juillet. Nicolas Sarkozy n’avait ici qu’un objectif tactique : détourner l’opinion publique et la presse du feuilleton sans fin de l’affaire Woerth-Bettencourt. Il y a , avouons-le, partiellement réussi ! Mais il l’a fait au détriment de l’efficacité et de la cohésion sociale.

Il a ainsi commencé à proposer la déchéance de la nationalité française pour les jeunes français d’origine étrangère laissant ainsi croire qu’il y avait bien deux catégories de français : les « de souche » et les « français récents ». Et que les uns et les autres n’avaient pas les mêmes droits. Il a ensuite, avec Brice Hortefeux, décider à la site d’un fait-divers de cibler les gens de voyage en général d’abord, puis les Roms en particulier.

Et c’est là qu’il convient d’être clair et de ne pas confondre la forme et le fond.

La forme, c’est un gouvernement qui pour des raisons tactiques à décider de faire de cet été 2010 un été  » de honte ». La forme, c’est un gouvernement qui a, depuis 2002, clairement échoué en matière de sécurité mais qui continue les coups de menton pour faire croire aux français qu’un discours « dur » équivaut à une politique efficace. La forme, c’est le cynisme consistant à annoncer des mesures dont on sait parfaitement qu’elles ne seront jamais votées puisqu’inconstitutionnelles. En matière de sécurité, ce gouvernement et Nicolas Sarkozy en premier lieu, est dans le règne de la parole et du discours. Et lorsqu’il choisit d’agir, c’est pour cibler les plus pauvres, les plus défavorisés, ceux qui sont sans défense. A qui fera t-on croire que le problème majeur de la France aujourd’hui réside dans la présence de quelques milliers de Roms ? Pour masquer son impopularité croissante, pour masquer ses échecs sur le plan économique et social, pour masquer une rentrée scolaire marquée encore cette année par des milliers de suppressions de postes, le chef de l’Etat choisit de faire du sort des Roms l’alpha et l’oméga de son discours estival.

Sur la forme, nous sommes donc là dans le cynisme le plus absolu consistant à taper sur les Roms ou sur les jeunes français d’origine étrangère. Cela plaît à une partie de l’électorat de droite, voire d’extrême-droite. Mais fort heureusement, une majorité de français se rend bien compte que cette agitation n’a d’autre objectif que de masquer le malaise de ce gouvernement sur les autres fronts que sont les affaires ou les retraites.

Un mot sur le fond enfin. Il faut définitivement tordre le cou à l’idée totalement absurde que la sécurité serait un terrain privilgié pour la Droite tandis que la Gauche serait au mieux mal à l’aise au pire laxiste. Cette idée est d’abord fausse parce que le bilan de Sarkozy depuis 2002 (puisqu’il fut avant ministre de l’Intérieur) est très mauvais. Qui a dans ce pays l’impression que la sécurité s’est amélioré depuis 10 ans ? Par quel tour de passe-passe continue t-on à penser que la droite est efficace dans ce domaine quand toutes les statistiques démontrent le contraire ?

La première mesure qu’a prise Sarkozy a consisté à supprimer la police de proximité, celle qui justement permettait au quotidien d’établir au plus près du terrain un contact et un lien avec les habitants, avec les jeunes, avec les associations. Sa seconde mesure, on ne le dit jamais assez, a été de réduire les effectifs de Police Nationale en demandant par ailleurs aux Maires de renforcer les effectifs de Police municipale comme si les unes et les autres avaient le même rôle !

Mais au-delà de ça, comment juguler la délinquance quand l’Etat réduit drastiquement les crédits consacrés à la rénovation urbaine dans les quartiers ? Comment traiter le phénomène de la délinquance quand les seules visites du Président dans les quartiers consistent à venir jouer les matadors virils en parlant de « Kârcher » ou de « racaille » et de repartir aussitôt en délaissant totalement ces quartiers défavorisés ?

La Gauche ne doit donc avoir aucun complexe car son discours est juste. Oui il faut maintenir l’ordre sans faillir. Oui il n’y a aucun scrupule à avoir à condamner les fauteurs de troubles, les délinquants, les criminels. Mais non ce seul discours ne peut suffire !

Oui, il faut par ailleurs redonner dans ce pays la priorité à l’Education car c’est de là que tout part. Oui, il faut mettre le paquet sur la rénovation des quartiers sensibles au lieu de diminuer les crédits de l’ANRU. Oui, il faut renforcer le service public de la Police au lieu d’expliquer à longueur de temps qu’il y a trop de fonctionnaires dans ce pays.

Ce n’est ni de l’angelisme, ni du laxisme que d’affirmer qu’aucune politique de sécurité ne sera à terme efficace si l’on ne prend pas le mal à la racine. On peut tromper l’opinion en lui désignant le jeune beur ou black « fraîchement naturalisé » délinquant multi-récidiviste. Cela contentera une partie de l’opinion qui préfère les coups de mentons que l’efficacité. La Gauche, elle, doit continuer à affirmer deux choses : que la Sécurité est un droit essentiel qu’l convient de faire respecter; ET que ce droit aura d’autant plus de chances d’être respecté que l’Etat s’attaquera en même temps aux causes profondes du mal.

Mais voyez-vous en écrivant tout cela, je tombe assez largement dans le piège tendu par Nicolas Sarkozy qui a décidé cet été de centrer le débat sur les questions de sécurité. Je le fais ici sachant que dès le 7 septembre, des millions de salariés sont attendus dans les rues pour protester contre la réforme injuste des retraites.

Le cigale Nicolas Sarkozy aura chanté tout l’été. Mais devant le mécontentement généralisé sur les sujets économiques et sociaux, il devrait se trouver, l’automne arrivant, fort dépourvu.

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